samedi 23 janvier Les risques du métier de prof.

Mon père est professeur, il enseigne dans une école qui a vu son niveau se dégrader avec les années. Aujourd'hui les élèves qui y sont inscrits sont majoritairement (très) difficiles.
Or, il se fait que la maison de mes parents est toute proche de l'école, à peine quelques rues plus loin, ce qui est à la fois un avantage, pour mon paternel qui peut aller au boulot à pied, et un inconvénient ... vous allez vite comprendre pourquoi.
Les élèves de mon père sont de ceux qui considèrent que c'est un outrage immense de la part de leur professeur d'oser leur demander de se taire en classe, de faire le travail qui leur est demandé (hein? du travail?) et pire encore, d'avoir des devoirs à faire chez soi (ça va pas bien, non?). Le tout sur fond de vulgarités et de fautes d'orthographe. Vaille que vaille mon cher pôpa s'en sort pas mal, il tient debout même après s'être fait agresser plusieurs fois par des membres de sa classe ou ... par leurs parents.
Seulement nous, sa petite famille chérie, on n'avait que les échos de ce qui se passait, jamais on a eu directement affaire à ces jeunes gens, et c'était très bien comme ça. Jusqu'à l'autre jour, où je remarque que la porte d'entrée de ma maisonnette est constellée de mollards plus baveux les uns que les autres ... vu que notre porte était la seule victime, je me suis dit "ayé, on est repéré, ça va être drôle".
J'avais vu juste. Le jour même, mes parents en voiture, voient un groupe connu pour sa mauvaise réputation s'emparer d'un sapin abandonné dans une poubelle. Pris sans doute d'un instinct d'agent secret, mes parents les ont pris en filature jusqu'à ... ben devant chez nous, où les compères ont déposé le sapin. Juste contre la porte.
J'imagine bien mon frérot de 10 ans ouvrir de l'intérieur et recevoir un tronc d'arbre sur le crâne, sans compter la surprise et la crasse que peut faire un sapin séché qui tombe de toute sa hauteur.
Mais ça ne s'est pas passé comme ça, mon père a décalé le sapin et l'a posé contre la façade en attendant de savoir qu'en faire. La neige qui est tombée ce soit là l'a recouvert, c'était très joli cet arbre de Noël improvisé !

Si par hasard, vous vous préparez à une carrière d'enseignant, ne serait-ce que pour être informé de ce qui vous attend, je vous conseille vivement la lecture du livre "Madame, vous êtes une prof de merde" par Charlotte Charpot. Tout ce que vous lirez dedans est absolument vrai et confirmé par les profs que je connais. A moins d'être né sur un champ de trèfles à 4 feuilles, vous serez confronté à ça, et il vaut mieux savoir à quoi vous attendre.
A mon avis, ce livre devrait intéresser aussi tout être humain qui s'en fait un peu pour l'avenir de ... tout, le sien, celui de ses enfants, des enfants des autres. L'enseignant c'est très important et il est maaaal en point mais alors, c'est une catastrophe !


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Reader Comments (11)
Ca me donne envie de lire ce livre... Je note dans ma liste d'inspiration. Je ne suis pas dans un établissement scolaire mais mon job a un lien avec l'Education nationale. Etre parent ne doit pas être simple déjà, alors prof....
Ouf, ils ont un bout de chemin à faire entre l'école où mon frère enseigne, et notre maison... Ils seront trop fainéants pour 1h de trajet (re-ouf)!
Remarque que, aux dires de mon cher frère, j'pense qu'il doit se trouver dans une de ces écoles qui, ayant été très "bonne" niveau type d'élève, a inexorablement descendu cette qualité pour arriver à un point finalement meilleur (même si déjà trop pénible) que d'autres institutions. Jusqu'à quand... ça c'est autre chose. Il faut du courage mais il m'a encore dit récemment qu'il aimait son métier (oui, j'ai vérifié!). Et pourtant être nouveau dans ce métier, c'est pas une mince affaire!
Ce qui me perturbe et me questionne toujours autant, c'est le manque de conscience de tous ces "élèves" de leur avenir qu'ils dessinent de cette manière. C'est comme un enfant qui ne veut pas comprendre qu'il ne faut pas dépasser en coloriant. Stupéfiant. Ont-ils vraiment connaissance de ce qu'il leur arrivera s'ils continuent ainsi ? Ils pensent peut-être que le chômage est le plus beau métier du monde? Ils devraient se renseigner mieux car depuis les nombreuses réformes et vu les dégâts de la crise, le chômage est devenu une situation extrêmement stressante! Fini de faire semblant de chercher un boulot!
Ou alors ils pensent travailler au noir... Au risque d'avoir un accident de travail non remboursé et dont tout le monde s'en foutrait!
Ou alors ils ont tous une prédisposition aux travaux manuels (qui demandent toujours plus de qualifications)?
En fait, je pense qu'ils retardent l'échéance... Et c'est seulement à 16-17 ans qu'ils commenceront à se dire "et merde" et ... désespérer pour arriver à un état pire encore que le "je-m'en-foutisme" : la délinquance.
Espérons qu'ils trouveront une solution, et vite, parce que ça urge! La population se renouvelle rapidement, surtout à Bruxelles. Plein de nouveaux enfants aux cultures diverses, qu'il faudra mettre sur le bon chemin.
Peut-être que les parents se rendront compte des erreurs de la génération précédente et de leur laxisme...
Je comprends tout à fait ce don tu parles. Ma mère est prof aussi (heureusement chez nous, pas de concours à passer pour être dans une meilleure école). Elle ne parle plus que d'arrêter bien qu'elle ne soit pas dans une école "à discrimination positive" comme on dit chez nous.
Quant au livre, je l'ai lu également, ce qui m'a plus dérangé, ce sont les interview de l'auteur que j'ai vues par après où elle se pose réellement en victime, oui, elle l'a été, maintenant, bon, on a lu son livre, elle a changé de métier, il faut peut-être arrêter de pleurnicher et en revenir. Surtout qu'elle généralise (dans les interview toujours) pas mal et il y a encore des ados NORMAUX et des écoles NORMALES où on se tait quand le prof le demande et où on se lève quand il entre en classe... Seulement, à l'entendre, on dirait presque que tous les jeunes sont des délinquants.
Peut être que suite à son expérience elle a du mal à prendre du recul, faut dire qu'elle est tombée bien bas.
Je parle également de la Belgique :)
Pour ma part, j'ai encore eu la chance d'aller dans une bonne école, il faut dire qu'à Bruxelles en tout cas, le réseau catholique est encore un peu préservé, même si c'est vrai que ça se dégrade surtout à cause des décrets de mixité sociale. (Merci le PS.)
Pour rebondir sur le commentaire de Roxane, j'ai aussi eu la chance (tout comme notre bien aimée rédactrice de cet article) de tomber dans une bonne école, avec peu de délinquance et un plutôt bon respect du professeur (enfin, déjà à l'époque, je plaignais certains !).
Mais la situation a vite évolué, allant vers le bas. Et je pense que même dans ma bonne vieille école, ce n'est plus aussi "calme" et "sage" que ce que j'ai connu.
Je ne pense pas que la mixité sociale soit une mauvaise chose, mais la façon dont elle a été gérée est démontable en effet. Les écoles dites "à discrimination positive" ne donnent pas beaucoup de chances à tous ces élèves. Il n'y a aucune preuve que les "bons" élèves soient influencés par les "moins bons" quand ceux-ci intègrent une "bonne" école.
Par contre, qu'ils restent entourés de "mauvais" élèves ne leur donne aucune motivation !
Les principales sources du problème de nivellement négatif sont, je pense, la délégation de l'autorité parentale vers le professeur, ainsi que la trop forte concentration d'élèves par classe et donc le manque d'aide pour les plus faibles. 80% de la classe suit, j'ai une longue matière à donner alors... désolé pour les 20% qui restent. Le tutorat en sauve certains mais les professeurs ont beaucoup trop de choses à gérer.
C'est à ça qu'il faut s'attaquer! Revaloriser le statut de professeur, ses appointements et ses conditions de travail!
Je suis évidemment pour la mixité sociale mais pour que les élèves en difficulté soient tirés vers le haut et pas que les élèves sans problème soient tirés vers le bas il ne faut laisser le hasard gérer les choses!
Puis comme tu le dis, il y a des problèmes avec les élèves, mais aussi avec les professeurs. Chaque fois plus de jeunes directeurs gèrent leur école comme une entreprise sans aucune humanité. Les professeurs ne sont alors que des employés-machines et eux, ils commandent.
Pour le reste, le système scolaire je l'ai toujours trouvé mal fichu, même si moi je m'en sortais bien, je me rendais bien compte que ça n'était pas adapté à tous! Et là c'est pire encore, c'est un peu "marche ou crève" (marche ou tu seras réorienté dans une option qui sert de poubelle alors qu'elle était prévue pour être mieux adaptée à certaines personnes). Enfin, on pourrait en dire des choses, sur le système scolaire!
Je ne suis malheureusement pas étonnée à la lecture de ton post... Ma mère travaille dans une cantine scolaire, avec des primaires... On n'en ai pas là, mais vu les remarques des gamins de 7 ans à peine, ça promet !
Ma maman travaille avec des enfants nettement plus jeunes et c'est vrai qu'elle commence elle aussi à avoir de sérieux cas comportementaux dans sa classe.
ça fait peur tout ça :o(
Ce qui est vraiment effrayant c'est que ça va de mal en pis. J'aime pas jouer les vieux rabat-joie mais si le système reste organisé comme il l'est, m'étonnerait que ça s'améliore.
Tempérons.
Rappelons tout de même que les enfants sont le fruit de leurs parents et de la société dans laquelle ils vivent.
Rappelons qu'aujourd'hui la société en question leur offre comme perspective d'avenir des trucs fort réjouissants comme les mst, le chômage, le cancer, un environnement pourri jusqu'à l'os où on ferait bien de faire analyser tout ce qu'on mange, pas de retraite, de moins en moins de couverture sociale, j'en passe et des meilleures.
Rappelons que leurs parents leur offrent un exemple tout à fait réjouissant lui aussi, métro boulot dodo courses le samedi, pas de thunes, de moins en moins de vacances, des couples qui se déchirent, des enfants qui trinquent, encore le fric, toujours lui, et du sexe, plein les yeux du sexe, comme si un être humain n'était constitué que de ça, et d'un peu de violence aussi pour relever la sauce.
C'est avec ça qu'on voudrait leur donner envie de grandir et de devenir à leur tour des adultes responsables... Soyons un peu lucides, à leur place nous non plus on ne serait pas tentés. Pas moi en tout cas.
Certains n'ont pas ce genre d'exemple. Certains naissent encore dans le coton pour aller ensuite péter dans la soie. Ils sont de moins en moins nombreux, cela dit.
Alors on dit que la jeune génération craint un max, que si ça continue c'est la cata, tout ça...et puis pour ne pas voir nos gros postérieurs qui dépassent on se met la tête dans le sable et on se congratule: nous on n'était pas comme ça, eux ils sont pourris gâtés, vraiment, quelle génération pourrie à qui on passe tout, ahlala ma pauv dame tout fout le camp...
C'est notre faute. Nos enfants sont comme on les a faits. Ne nous trompons pas d'ennemi.Leur taper dessus très fort, les mettre en prison à 12 ans, ou les détecter très tôt dans leurs emmerdements c'est se tromper de bataille.
L'ennemi c'est nous mêmes. Nous qui acceptons de trop bosser, de ne plus avoir de temps pour eux, nous qui leur laissons accès à ci ou ça, console de jeux télé ou internet, parce que ça prend toujours moins de temps que de lancer une partie de jeu de société, nous qui encourageons nos filles à être féminines comme nous le sommes, sauf qu'elles ont 14 ans, pour "être complices", nous qui ne prenons pas le temps de lire le cahier avant de le signer et de revenir sur les erreurs commises, nous qui n'avons plus envie de nous taper tous les disney à la chaîne avec eux alors quelle importance si le film est interdit aux moins de 10 ans après tout...nous, adultes, exemples, parents, éducateurs, ou juste voisins, amis, qui ne voulons plus voir notre rôle et son importance auprès d'eux, nous qui les abandonnons, nous qui les laissons s'auto-élever, s'éduquer entre eux, jusqu'à la lie, nous qui avons encore l'outrecuidance ensuite de vouloir les punir de nos erreurs.
Je suis maman depuis dix ans, mes enfants ne sont pas nés dans le coton, le coton j'ai du ramer pour le leur offrir mais je sais trop son importance, ramer ne m'a jamais fait peur. Aujourd'hui ils l'ont, je continue à ramer pour qu'ils le gardent, leur coton, je continue de vivre avec eux et pas à côté, de passer un temps infini à les aider avec l'école, le sport, avec leurs copains, de passer des heures à lire des livres d'ados avant de leur passer, de voir les films avant eux pour savoir si oui ou non on y retourne ensemble, de valider le jeu vidéo avant de l'autoriser ou pas, de prendre sur moi et de ne pas frapper, de ne pas punir bêtement, méchamment.... je continue de me fatiguer à être mère, parce que oui c'est fatiguant, surtout dans un monde qui change tellement vite, qui offre sans arrêt de nouvelles choses à nos gosses sans nous demander notre avis, et en dépit de la société qui préfère dire "bah c'est pas grave, de toute manières on est tous de mauvais parents quelque part", parce qu' il y a des quelques parts où c'est plus grave qu'à d'autres, et surtout en dépit des autres adultes qui n'en font pas le dixième et qui trouvent que je me sacrifie et que je n'ai "pas de vie". Il est là le problème. J'ai une vie. Je ne me sacrifie pas. J'assume, c'est différent. Sinon je pouvais aussi ne pas en faire, des enfants.
Nous autres parents, comment pouvons nous refuser d'assumer ce choix que nous avons fait d'avoir des enfants, fuir les contraintes qu'ils imposent, plonger avec eux dans le rapport de force, et ensuite exiger d'eux qu'ils assument leurs propres choix, qu'ils soient responsables, qu'ils acceptent les contraintes et qu'ils refusent la violence?
On en demande davantage à des mômes que ce qu'on demande aux adultes, là!
Donc tempérons. Sortons la tête du sable et ça ira mieux.
Bien sûr il est difficile de demander d'un enfant né dans la muise qu'il soit joyeux et bien élevé comme un enfant qui a eu plus de chance, à qui on a consacré plus de temps.
De toute façon ce qui à mon avis engendre la majorité des problèmes scolaires c'est la mauvaise gestion/organisation/structure etc. du système scolaire ... qui ne dépend absolument pas des jeunes élèves mais des adultes.
Et oui, maintenant c'est à nous de réagir, pour nous, pour nos enfants. La première étape est sans doute de constater qu'il y a problème et de se sentir concerné, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Et trouver encore l'énergie pour se bouger, pour améliorer les choses, n'est pas facile, et encore moins pour certains qui sont déjà pressés comme des citrons par la société, ceux là même qui auraient plus besoin que les choses s'améliorent.
Je ne pense pas du tout que la nouvelle génération soit pourrie, je pense qu'elle se clive de plus en plus entre favorisés / défavorisés, les défavorisés l'étant de plus en plus. Et il faudrait éviter que ça continue en ce sens - parce que là on s'éloigne fort de l'égalité des chances.
En plus, il est vrai qu'on nous en demande de plus en plus. Aujourd'hui on voudrait que n'importe quel quidam soit compétent dans tous les domaines, soit flexible, disponible, polyglotte, qu'il ait une vie de famille réussie, qu'il soit super doué au lit, qu'il ait plusieurs diplômes, une bonne situation, qu'il ait des loisirs culturels, un chien au moins, qu'il soit un peu créatif, qu'il trouve le temps de faire du shopping et de s'épiler entre deux dîners d'affaire ... et on est pas mieux préparés pour ça. Les attentes qui pèsent sur les épaules des "futurs" sont encore plus lourdes, et ils ne sont pas mieux préparés pour autant. Pas étonnant donc que certains (trop?) démissionnent tôt. N'empêche cracher sur ceux qui sont là pour les aider n'est pas une bonne méthode. Et même si ça n'est pas de leur faute s'ils réagissent ainsi, même si c'est compréhensible, bientôt ils seront adultes, donc considérés responsables.
Magnifique intervention de pupuce! Merci pour ce constat!!
Il sera de notre devoir, à la rédactrice, moi-même et toute notre génération d'assumer nos responsabilités quand nous serons, à notre tour, parents.
Haaaaaan ! L'éducation est un vaaaaaste problème qui rejoint tous les autres problèmes de la société. L'argent, le travail, la sécurité, etc. C'est très complexe car l'origine du problème vient de ce qui n'a pas été fait il y a des dizaines d'années. Je dirai même que ce genre de questions relève quelque part de la philosophie, sur les notions d'égalité notamment.
Bref, c'est craignos ce qui vous est arrivé (surtout les crachats).
J'ai déjà plusieurs fois lu des articles sur ce sympathique blog